La Belgique va recevoir 5,9 milliards € dans le cadre du plan de relance/résilience post-COVID de l'Union européenne. Comme les investissements verts y sont encouragés, en accord avec le Green Deal, le vélo y figure en bonne place avec des projets à hauteur de 417 millions €. Dont 352 millions € demandés par la Flandre, 51,4 millions € concernant Bruxelles et seulement... 13,7 millions € par la Wallonie.

La Belgique a déposé le 2 avril sur la table européenne des demandes d'investissements en mobilité/infrastructures à concurrence d'environ 1,3 milliard € :

Ventilation des investissements
Infrastructures cyclables417 millions €
Transports en commun675 millions €
"Verdissement" du transport routier210 millions €
TOTAL1.302 millions €

Les investissements en faveur du climat étant obligatoires à hauteur de 37% du total demandé, on peut raisonnablement considérer que l'enveloppe vélo ne subira pas de coupe au niveau de l'Union européenne, qui devrait donner son aval définitif cet été.

Recovery and Resilience Facility (green and digital)

Dans le plan de relance de la Belgique, se trouvent des projets glissés par les entités fédérées.

Au niveau fédéral

La compétence mobilité principale au niveau fédéral est le ferroviaire. C'est donc logiquement ce secteur qui se taille la part du lion dans les demandes fédérales (275 millions €). On y trouve aussi une enveloppe supplémentaire de 75 millions € pour l'accessibilité aux gares RER autour de Bruxelles/Anvers/Gand/Liège/Charleroi, avec une attention portée au stationnement vélo.

En Flandre

C'est dans cette région du pays que les demandes les plus ambitieuses pour le vélo ont été inscrites dans le plan de relance. Pas moins de 352 millions € sont attendus pour développer le réseau cyclable, avec une attention particulière aux cheminements cyclables vers les écoles (à sécuriser en priorité).

Au sein de cette enveloppe vélo, 250 millions € sont réservés pour un "Plan Copenhague" et seront versés en crédits d'impulsion vélo aux communes flamandes. Avec une obligation pour elles : chaque euro reçu devra être doublé en investissement propre des communes. Un multiplicateur qui permettra donc de tripler l'investissement de départ (soit 500 millions € supplémentaires, émanant des caisses communales).

À Bruxelles

Bruxelles devrait recevoir par l'entremise de Beliris (investissements fédéraux en région bruxelloise) 31,4 millions €. Cette somme sera affectée au réaménagement du rond-point Schuman en agora urbaine (17,4 millions €), ainsi qu'à une cyclostrade le long de la ligne ferroviaire L28 (14 millions €). Ces aménagements profiteront donc directement au vélo.

En plus de ces investissements fédéraux, la Région a de son côté inscrit dans ses demandes 15 millions € pour des aménagements cyclables sur le réseau RER vélo (réseau VELO PLUS). Une enveloppe de 5 millions € a également été accordée pour le stationnement vélo sécurisé, ce qui sera bien nécessaire au vu de l'ampleur des demandes, décuplées suite à la crise COVID.

D'autres projets "mobilité" soumis dans ce cadre profitent indirectement au vélo, comme la réforme de la prime Bruxell'Air (soutien accordé aux Bruxellois·es qui abandonnent leur voiture) et Smartmove (système de taxe kilométrique intelligente à l'échelle de la région bruxelloise). Il est cependant difficile d'affirmer avec certitude que ces projets ont été retenus, au vu des informations laconiques diffusées par les canaux officiels à ce sujet : accélération du déploiement des outils MaaS, SmartMobility et soutien au passage à la mobilité zéro émission.

En Wallonie

Au sud du pays, c'est l'extension du tram de Liège vers Herstal et Seraing qui se taille la part du lion des demandes (105 millions €), ainsi que la rénovation du métro de Charleroi (60 millions €), des "feux intelligents" (26,6 millions €), un bus électrique à haut niveau de service dans le borinage (27,8 millions €), etc. Et pour le vélo ? Une enveloppe de seulement 13,7 millions € est demandée, pour deux "corridors vélo" dans le nord du Brabant wallon vers Bruxelles (le long de la E411/N4 et de la N275 vers La Hulpe puis Rixensart et Ottignies).

C'est peu, c'est modeste. Au final, les seuls investissements "vélo" de la Wallonie inscrits au plan européen serviront à rejoindre... Bruxelles. Il est certain que les critères européens (des projets prêts dans les cartons) n'ont pas avantagé la Wallonie, qui vient seulement de lancer les études pour relier Liège à sa périphérie via des "corridors vélo" (jusqu'à Verviers via la Vesdre). Un déficit de planification qui pèse lourd dans la balance aujourd'hui, tout comme la dispersion des moyens pour faire plaisir à chaque sous-région...

Tout n'est cependant pas perdu au niveau wallon, puisque la Région dispose encore de deux autres outils pour financer sa politique vélo : "Get up Wallonia !", son propre plan de relance, et les fonds européens du programme FEDER (développement durable des villes). Tout n'est pas joué donc, mais il est temps de mettre un coup d'accélérateur si la Wallonie veut se hisser à la hauteur des deux autres régions du pays.

Luc Goffinet et Florine Cuignet

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