Depuis 2011 une association américaine, Outride, s'attaque à la sédentarité des adolescent·e·s aux USA. Leur programme "Riding for focus" permet de mettre en selle 50.000 jeunes par an, de tous les milieux sociaux, via 225 écoles américaines et canadiennes (dont 57% d'établissements dans des zones socialement défavorisées).

S'il est courant de voir des enfants d'écoles primaires passer leur "brevet cycliste", les initiatives visant les écoles secondaires sont plus rares. Pourtant le début de l'adolescence est une période vitale pour l'autonomisation de la mobilité grâce au vélo. Outre-atlantique, où l'on passe déjà son permis de conduire à 16 ans, elle est même encore plus cruciale.

Le progamme "Riding for Focus" (R4F) se déroule 3 jours par semaine pendant 6 à 8 semaines, durant les cours d'éducation physique. À la fin du programme, les élèves obtiennent la certification "Road Ready", indiquant qu'ils ont acquis les compétences nécessaires pour faire du vélo en toute sécurité. Le programme comporte également un volet évaluation pour l'école, qui lui permet de s'ajuster pour mieux répondre aux besoins de leurs élèves.

Outride USA (logo)

Le but d'Outride est aussi, et principalement, que les adolescents se créent des habitudes de rouler à vélo dans la durée. Outre l'aspect formation, cela doit se faire en trouvant du plaisir à rouler à vélo. Les activités sont donc aussi en partie ludiques. Outride complète ses initiatives dans les écoles par un autre programme, de soutien financier celui-là, visant à créer des écosystèmes vélo dans des quartiers qui sont des "déserts" en matière de services et initiatives vélo.

Les enseignements du programme "Riding for Focus" (R4F)

Un monitoring scientifique de R4F est effectué chaque année par Outride, pour s'assurer que ses objectifs sont bien atteints. En 2021 plus de 800 jeunes ont été interrogés avant et après leur expérience de coaching vélo.

1. Tous les jeunes n'ont pas accès à un vélo à la maison

Le fait de ne pas avoir un vélo à la maison varie d'une école à l'autre aux USA, allant de 9% à 64%, avec une moyenne de 16,5%. Ce sont souvent les quartiers les plus précarisés dans lesquels on va retrouver le moins de vélos. Ceci souligne la nécessité d'un programme d'éducation au vélo à un endroit où tous les élèves peuvent y avoir accès : l'école.

2. Faire du vélo diminue le temps passé devant un écran

Les élèves ayant participé au programme R4F ont déclaré passer moins d'heures devant les écrans que ceux qui n'y ont pas encore pris part. Cette différence était plus marquée chez les étudiantes : 81% des filles passaient plus de 2 heures par jour devant un écran avant le programme R4F, ce chiffre est tombé à 73% après avoir participé à R4F. Moins d'écran, c'est aussi plus de contacts sociaux dans la vraie vie (grâce au vélo entre amis par exemple).

3. Faire du vélo permet d'atteindre plus facilement un minimum d'activité physique

31% des anciens participants au programme R4F ont déclaré satisfaire aux exigences en matière d'activité physique quotidienne, comparativement à 21% des nouveaux élèves avant.

4. Un programme vélo réussi accroit la pratique en dehors de l'école

  • 85% des élèves déclarent avoir eu du plaisir à participer au programme
  • 91% d'entre eux ont manifesté un intérêt pour la pratique du vélo en dehors de l'école
  • 81,5% des élèves déclarent être intéressés par la pratique du vélo avec des amis

5. Faire du vélo augmente le bien-être global des jeunes

Un indice de bien-être général peut être calculé via un questionnaire standard de l'OMS (WHO-5). Les étudiants de R4F ont des niveaux de bien-être plus élevés après s'être mis au vélo qu'avant. Les filles ont même un indice de bien-être supérieur de 9%.

Cycling and Well-Being (Outride)

Conclusion

On ne rappelera jamais assez que l'intérêt pour le vélo doit être stimulé tout au long de la scolarité, de la maternelle à l'université. C'est la répétition qui crée l'habitude. Chaque âge répond aussi à des stimulis différents. La liberté et l'autonomie, dont les ados sont friands, peuvent certainement être boostées au travers d'initiatives vélos dans les écoles secondaires. Surtout dans des régions comme Bruxelles ou la Wallonie, où la pratique du vélo n'est que rarement ancrée à 12 ans.

Luc Goffinet

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