En cette fin juin, Dublin accueillait pour la seconde fois le congrès Velo-city, après une première édition en 2005. En une quinzaine d'années, les progrès engrangés par la capitale irlandaise semblent pourtant maigres : le vélo peine encore à trouver sa place en ville. 

Nul besoin d'être une ville cyclable exemplaire pour accueillir Velo-city (notre capitale a elle aussi été ville hôte en 2009). Pour la ville organisatrice, ce congrès mondial du vélo peut d'ailleurs constituer un petit coup de "boost" en matière de politique cycliste locale. Qu'en est-il de Dublin ? Du haut de notre selle, force est de constater que la capitale de la Guinness n'a pas vraiment tiré profit de l'édition de 2005 pour se muer en ville "vélo-friendly".

On n'a pas aimé...

  • La cohabitation avec le trafic motorisé. Se faufiler à vélo au milieu du trafic dense du centre-ville nécessite une attention de tous les instants. Les piétons ne sont pas mieux lotis : les traversées sont gérées par feu et nécessitent d'actionner un bouton-poussoir pour obtenir la phase verte, avec des temps d'attente interminables et des temps de traversée particulièrement courts. 

  • Les pistes cyclables "à horaire variable". Imaginez une piste cyclable sur laquelle les voitures peuvent stationner ou rouler la nuit, le dimanche, et parfois à certaines heures de la journée. Les mordus de la voiture en ville en ont rêvé, Dublin l'a fait ! De manière générale, la ville compte peu d'infrastructures cyclables, et la qualité n'est pas nécessairement au rendez-vous. 
  • L'absence de contresens cyclables. Le centre-ville regorge de sens uniques, que le cycliste n'est pas autorisé à emprunter à contre-sens. Un véritable cauchemar pour rallier sa destination (il n'existe d'ailleurs pas d'itinéraires cyclables balisés, ni de carte vélo).
  • Les vélos partagés inaccessibles entre minuit et 5h (qu'il s'agisse du système avec stations ou en free-floating).

Mais on a aimé...

  • La route du canal, une piste cyclable en site propre, directe et rapide. En amont des intersections, des boucles de détection repèrent les cyclistes : pour peu que le cycliste ralentisse suffisamment à l'approche des carrefours, il lui est possible de traverser au vert sans avoir à mettre pied à terre. 
  • La prévention des conflits entre cyclistes et usagers des transports publics le long de la S2S (voie cyclable le long de la côte).
  • La zone de stockage pour cyclistes : les cyclistes qui tournent à droite ont la possibilité d'attendre leur phase de vert sans entraver le passage des cyclistes qui poursuivent tout droit. Un aménagement exceptionnel, malheureusement !
  • La politique de stationnement pour vélos en free floating : interdiction d'encombrer les trottoirs, ces vélos partagés doivent obligatoirement être stationnés à un emplacement vélo. Pour répondre à la demande lors de l'arrivée des "Bleeper Bike", la ville a supprimé quelque 300 emplacements voiture en voirie pour y installer de nouveaux arceaux vélo. 

À Dublin, la part des déplacements effectués à vélo tourne actuellement autour de 5%. Mais elle peut faire bien mieux, car c'est un fait indéniable : la ville a un réel potentiel "vélo". Le principal problème reste la priorité qu'elle accorde à la voiture : tant que les autorités ne s'attelleront pas sérieusement à réduire le trafic motorisé, la pratique du vélo à Dublin restera réservée aux seuls cyclistes aguerris.

Florine Cuignet

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