Des projets de réaménagement dans les quartiers commerçants de Toison d'Or et du Grand Sablon ne font pas l'unanimité. En cause, notamment : la réduction de l'espace dévolu à la voiture et une piétonnisation partielle. Si les commerçants craignent surtout la durée des travaux, ils semblent également avoir une image déformée des habitudes de mobilité de leur clientèle, selon une enquête menée par des étudiants de l'ULB à la demande du GRACQ. 

Six étudiants du Master en Science et Gestion de l'Environnement de l’ULB ont cherché à en savoir plus sur les habitudes de déplacement de la clientèle de deux quartiers commerçants de la capitale, l’axe Avenue de la Toison d’Or - Boulevard de Waterloo et la Place du Grand Sablon. Ces deux quartiers sont concernés par des projets de réaménagement (visant notamment une piétonnisation partielle et la réduction de l’espace public dédié à la voiture) qui se heurtent à des oppositions de la part de certains commerçants. Les étudiants ont interrogé 296 clients et 88 commerçants entre octobre 2019 et avril 2020. Leur enquête livre des résultats intéressants.

Parking du Grand Sablon

Des commerçants qui craignent surtout la durée des travaux

Pour les deux projets étudiés, la tendance est marquée : les commerçants considèrent ces projets comme une menace pour leur chiffre d’affaire (57,4% pour les commerçants de la Toison d’Or et 85% pour ceux du Sablon). De nombreux  commerçants insistent notamment sur le fait que la période des travaux représente un danger important pour leurs activités. Il importe dès lors qu’ils soient réalisés le plus rapidement possible. Certains commerçants perçoivent que les projets de réaménagement pourraient, une fois terminés, avoir des effets bénéfiques sur l’attractivité commerciale.

Une image globalement déformée de la réalité des déplacements de la clientèle

Les commerçants interrogés considèrent que leur clientèle accède principalement en voiture particulière aux quartiers concernés. 65% des commerçants interrogés sur l’axe Avenue de la Toison d’Or - Boulevard de Waterloo et la quasi totalité des commerçants interrogés sur la Place du Sablon pensent ainsi que leurs clients viennent principalement en voiture. Les résultats de l’enquête menée montrent toutefois que cette perception des commerçants est fortement déformée. C’est en particulier le cas sur l’axe Avenue de la Toison d’Or - Boulevard de Waterloo : seuls 19% des clients interrogés sur cet axe ont en effet déclaré être arrivés dans le quartier en voiture. La part des clients ayant répondu avoir rejoint la Place du Sablon en voiture (57%) est beaucoup plus importante, mais est également très éloignée de la perception des commerçants interrogés.

Toison d'Or - Waterloo - Projet

Des clients très majoritairement prêts à changer leurs habitudes de déplacement

La majorité de la clientèle interrogée déclare qu’elle continuerait à se rendre dans ces quartiers et à y fréquenter les commerces si ceux-ci devaient être piétonnisés (93,3% pour l’Avenue de la Toison d’Or - Boulevard de Waterloo et 84,3% pour a Place du Sablon) .

"Cette enquête démontre que les craintes des commerçants sont en partie infondées, explique Florine Cuignet, chargée de politique bruxelloise au GRACQ, car elles reposent sur une méconnaissance des pratiques de mobilité de leur clientèle et ne tiennent pas compte de l'évolution générale des habitudes de mobilité. Or l'expérience démontre, ici comme à l'étranger, que la transformation des artères commerçantes en espaces plus conviviaux, donc plus attractifs, a un impact positif sur l'économie locale. Les piétons et les cyclistes constituent en outre une clientèle plus régulière, qui dépense globalement au moins autant que les automobilistes."

Pour Romain Weikmans (ULB), encadrant académique du projet : "L’intérêt de ce type de projet est de confronter nos étudiants à certains des défis sociétaux actuels. Les étudiants de dernière année de Master en Gestion de l’Environnement de l’ULB ont encore une fois démontré leur capacité à mener à bien des projets concrets commandités et co-construits avec des acteurs de terrain."

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