Une étude britannique montre que les normes sociales morales et éthiques sont affaiblies lorsqu'elles s'appliquent à la conduite automobile, plutôt qu'à d'autres domaines de la vie, comme le tabac ou les risques liés au travail. Ce concept baptisé "motonormativité" inquiète...

Des chercheurs de l'Université de Swansea et de West of England ont fait réaliser en 2016 un sondage sur 2157 personnes dans tout le Royaume-Uni. Aléatoirement, chaque personne sondée recevait soit une série de questions portant sur la conduite en voiture, soit une série de questions identiques dont un ou deux mots avaient été changés, portant exactement sur les mêmes principes mais sans rapport avec la conduite automobile.

Les résultats de cette enquête montrent que l'on peut passer de l'approbation à la désapprobation d'un comportement social, simplement en fonction du fait qu'il est présenté comme une question de conduite ou pas :

Motonornativity study

Ainsi 75 % des Britanniques interrogés se sont montrés en accord avec l'affirmation "Les gens ne devraient pas fumer dans les zones densément peuplées où d'autres personnes doivent respirer leur fumée de cigarette", mais seulement 17 % se sont dits ok lorsque la phrase était tournée de cette façon : "Les gens ne devraient pas conduire dans les zones densément peuplées où d'autres personnes doivent respirer leurs gaz d'échappement".

La voiture, une normalité solidement ancrée

Dans leur article intitulé "Motonormativité : Comment les normes sociales cachent un risque majeur pour la santé publique", les chercheurs expliquent que nous vivons dans un environnement profondément normé par l'automobile, qui considère les déplacements motorisés comme indispensables et en minimise systématiquement les conséquences négatives sur la santé (pollution, accidents, sédentarité). Ce contexte socio-psychologique est renforcé par la publicité et la majorité des médias, qui normalisent et excusent souvent des conduites antisociales et dangereuses.

Malheureusement, le grand public n'est pas le seul à avoir ces préjugés (inconscients) sur la voiture : les politiques et les membres du corps médical en sont également imprégnés. Lorsqu'un décideur politique part automatiquement du principe qu'un déplacement d'un endroit à un autre implique de conduire, les arguments qui pourraient restreindre, voire interdire dans certains cas, des déplacements motorisés pour des raisons évidentes de santé publique, deviennent inaudibles...

Plus tristement encore, même les non-motorisés ont répondu au sondage dans le sens de la "norme automobile" majoritaire. La peur d'exprimer une idée qui ne serait pas partagée par leur entourage ? Si l'on posait la question à la population, notent aussi les chercheurs, aucun engin tuant 35 personnes par semaine au Royaume-Uni ne serait autorisé dans l'espace public. Mais, comme partout ailleurs, la motonormativité a fait son chemin...

Luc Goffinet

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