Le parc automobile évolue : les voitures plus récentes sont mieux équipées, mais elles sont aussi plus lourdes, plus hautes et plus puissantes. Sur nos routes, cette évolution se traduit, selon VIAS, par "une sécurité routière à deux vitesses" : les passagers à bord de ces véhicules sont davantage en sécurité, contrairement aux usagers vulnérables et aux passagers de véhicules plus petits qui "risquent de payer les pots cassés".

En 20 ans, les caractéristiques des voitures ont évolué : la masse moyenne a augmenté de près de +30%, la puissance moyenne de +60% et la hauteur du capot a gagné +10 cm (de 73 à 83 cm). Dans son dernier rapport CARSAFE, l’institut VIAS analyse l’impact des caractéristiques d’un véhicule sur la gravité des blessures en cas de collision, sur la base des accidents survenus entre 2017 et 2021.

L’institut a observé non seulement les blessures subies par les occupants du véhicule, mais aussi les blessures occasionnées aux opposants (occupants d’un autre véhicule ou usagers vulnérables). La conclusion est sans appel : si cette évolution est favorable aux occupants de ces voitures, celles-ci s’avèrent plus dangereuses pour les occupants de voitures plus petites et pour les usagers vulnérables, en cas de collision.

Masse du véhicule

La masse plus importante d’un véhicule a un effet protecteur pour ses occupants, mais augmente la gravité des blessures pour les opposants.

La masse moyenne d’une voiture est de 1397 kg. Lorsque la masse d’un véhicule augmente de +300 kg, le risque de blessures mortelles en cas de collision diminue de moitié pour les occupants du véhicule (-48%). Mais le risque de blessures mortelles augmente de +77%  pour les occupants de la voiture plus légère, et de +28% pour les usagers vulnérables.

Les systèmes de sécurité active et passive n’expliquent pas à eux seuls l’augmentation de la masse moyenne des véhicules : les équipements de confort, l’isolation acoustique plus importante et les montants de carrosserie de plus en plus épais sont également à pointer du doigt.

Puissance du véhicule

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À mesure qu’une voiture gagne en puissance, la probabilité de blessures graves/mortelles diminue pour ses occupants, mais augmente pour les opposants. Ainsi, les occupants d'une voiture heurtée par un véhicule d'une puissance supérieure de +50 kW à la moyenne courent +127,5% de risques en plus de subir des lésions mortelles.

Cela ne signifie pas nécessairement que les véhicules à puissance élevée causent en soi des blessures plus graves chez les usagers de la route vulnérables, précise toutefois VIAS. Une puissance élevée va souvent de pair avec une masse plus importante. La revue de la littérature confirme en outre que les conducteurs de véhicules plus puissants sont plus enclins à conduire plus vite, et ont en moyenne un style de conduite plus "sportif" (traduisez : "agressif").

Hauteur du capot

Plus la hauteur du capot est élevée, plus le risque de lésions mortelles augmente pour l’usager vulnérable en cas de collision. Avec un capot situé 10 cm plus haut que la moyenne (80 cm), le risque de lésions mortelles pour l’usager vulnérable augmente de +27%.

Type de véhicule : pick-up et SUV

Les occupants d’un SUV et d’un pick-up courent moins de risques de blessures graves lors d’une collision que les occupants d’une voiture (respectivement -65% et -25%). C’est l’inverse pour les occupants d’une voiture impliquée dans un accident avec un pick-up (+50%) ou un SUV (+18%).

Pour un piéton ou un cycliste heurté par un pick-up, le risque de blessures graves augmente de +90% ; le risque de blessures mortelles de près de +200%. En ce qui concerne les SUV, les modèles de grande taille (SUV L, de 4,9 à 5,3m) semblent indiquer un risque accru de lésions mortelles pour les usagers vulnérable (+77,4%), mais la taille de l’échantillon est insuffisante que pour l’affirmer avec certitude. Si les SUV L représentent encore une faible part des SUV en circulation, on observe toutefois une croissance de cette catégorie ces dernières années.

L’analyse de VIAS précise également que cette dangerosité accrue des pick-up et des SUV est liée à la masse plus importante de ces véhicules (ainsi que la hauteur de capot plus élevée pour les pick-up), par rapport à la moyenne.

Notons aussi que la masse et la puissance plus importante, en moyenne, des véhicules électriques pourraient également faire craindre une plus grande dangerosité pour les opposants. La trop petite taille de l’échantillon ne permet toutefois pas de valider ou d’invalider cette hypothèse.

Âge du véhicule

Les occupants des voitures plus âgées courent plus de risques de lésions graves que les occupants des voitures plus récentes. Par rapport à une voiture jeune (0-3 ans), le risque de blessures graves augmente de +60% pour les occupants d’une voiture ancienne (≥ 12 ans).

Les vieilles voitures augmentent également le risque de lésions graves pour les usagers vulnérables en cas de collision, malgré une masse et une hauteur de capot inférieures à la moyenne.

"light is right"

La masse et la vitesse d’un véhicule sont des éléments déterminants dans la survenue et la gravité d’un accident. Des efforts sont consentis afin de réduire les vitesses pratiquées sur nos routes. Mais ces efforts sont insignifiants si, dans le même temps, la masse des véhicules ne cesse d’augmenter.

Ce nouveau rapport de VIAS vient étayer les arguments du projet LISA Car, qui ambitionne "la mise en place d’un cadre réglementaire limitant la masse, la puissance et la vitesse de pointe des voitures ainsi que l’agressivité de leur face avant", tant pour des raisons environnementales que de sécurité routière.


Enrayer cette tendance à l’accroissement aurait également d’autres conséquences bénéfiques en matière de sécurité routière. Si l’étude de VIAS analyse les conséquences de l’évolution du parc automobile en cas d’accident, elle n’aborde pas d’autres aspects qui ne doivent pourtant pas être sous-estimés :

  • Les véhicules plus haut et plus volumineux constituent des masques de visibilité plus importants pour les autres usagers de la route. C’est particulièrement vrai pour les enfants à pied et à vélo, qui peuvent devenir invisibles dans la circulation.

  • Les véhicules plus volumineux occupent davantage d’espace, à la fois lorsqu’ils circulent et lorsqu’ils stationnent. C’est de l’espace en moins pour les autres usagers de la route. Il n’est pas rare de voir des véhicules plus larges empiéter sur le trottoir ou sur la piste cyclable.
  • Les véhicules plus hauts, plus volumineux et plus massifs génèrent un plus grand sentiment d’insécurité que les véhicules plus petits et plus bas, d’autant plus pour les personnes qui se déplacent à vélo et côtoient très directement ces véhicules. Leur multiplication contribue donc à façonner un environnement plus anxiogène, et à décourager les déplacements à pied ou à vélo.

Florine CUIGNET

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