Forcer l'aménagement de pistes cyclables "de qualité" sur les routes régionales wallonnes, c'est ce que prévoit un décret, initié par ECOLO et adopté à l'unanimité ce 3 avril au Parlement wallon. Cette obligation, prévue depuis 2014 dans la Déclaration de politique régionale, se matérialise enfin. Par ailleurs, un budget vélo de 50 millions € a aussi été annoncé par le ministre de la Mobilité. Dépensé à bon escient, il pourrait sortir le vélo de l'ornière actuelle en Wallonie.

N4 - Wavre - Nouvelle piste cyclable

Depuis des années, notre observatoire des routes régionales montre que les aménagements cyclables restent oubliés au moins une fois sur trois sur les chantiers en cours en Wallonie, et qu'ils sont souvent minimalistes. L'adoption ce mercredi d'un décret plus volontariste est donc une excellente nouvelle.

Outre des aménagements cyclables "de qualité" (notion à définir par le futur gouvernement wallon), le décret prévoit également un entretien obligatoire des "zones cyclables" par les services régionaux, y compris un "service d'hiver", ainsi que la consultation des usagers cyclistes. Il s'agit là de choses réclamées par le GRACQ depuis longtemps !

Ce qui reste à travailler

Dans le décret il est prévu que, lorque une voirie est à "haut potentiel cyclable", les aménagements soient prioritairement séparés du trafic. Le GRACQ considère cependant que, pour permettre à tout le monde de circuler en sécurité sur des routes chargées en trafic à 50km/h ou plus, cette séparation devrait être la norme et pas réservée uniquement à certains tronçons plus fréquentés.

Ce décret exclut aussi le réseau à grand gabarit de son champ d'application. Or on y trouve des couloirs vélo stratégiques comme la N4, la N90 ou la N63. Des axes à traiter, pour lesquels nous continuerons à demander des aménagements cyclables "de qualité". Nous resterons aussi vigilants pour les "dérogations motivées" du SPW aux beaux principes du décret.

Par ailleurs, il faudrait d'ores et déjà travailler sur un autre décret pour imposer des obligations similaires aux voiries communales subsidiées, qui étaient concernées dans une des premières versions de ce décret-ci, mais qui ont été sorties de la version finalisée.

Enfin, ce décret ne sera d'application qu'au 1er janvier 2020. Il est pour l'instant précédé par une circulaire ministérielle fixant une obligation transitoire pour 2019 et ses modalités.

Les moyens suivront-ils ?

Parallèlement à l'adoption du décret adopté au Parlement, le Ministre de la Mobilité a annoncé vouloir porter à un peu plus de 50 millions € le budget vélo annuel pour 2019 (comparé à 15 millions € pour 2018). Nécessaire à la réalisation d'aménagements de qualité, ce nouveau budget se décomposerait comme suit :

  • Voiries régionales
    • 15 millions € pour l'entretien et la rénovation des pistes cyclables existantes
    • 5 millions € pour la création de nouvelles pistes cyclables
    • 10 millions € pour le RAVeL (en plus des 8 millions € actuels) et "autoroutes vélo"
  • Voiries communales subsidiées
    • 6 millions € pour des aménagements cyclo-piétons (en plus des 7 millions € actuels)

S'ils peuvent sembler impressionnants, ces moyens prélevés dans le cadre du Plan Wallon d'Investisement 2019-2024 ne représentent en fait qu'un montant de 13 €/an/habitant, soit le minimum pour faire décoller la part modale du vélo en Wallonie. D'autant qu'un énorme rattrapage est nécessaire pour compenser ce qui n'a plus été construit/entretenu depuis 50 ans.

Il est aussi important de signaler qu'à l'heure actuelle on ne sait toujours pas si le SPW dispose vraiment des moyens promis pour entamer tous ces chantiers...

Autoroute vélo ≠ RAVeL

Afin d'offrir aux cyclistes des "voies express vélo" telles qu'elles existent en Flandre, aux Pays-bas ou au Danemark, le ministre de la Mobilité a annoncé vouloir transformer cinq RAVeLs en "autoroutes vélo". Si l'intention semble louable, le GRACQ rappelle que le RAVeL est un chemin réservé à tous les usagers non motorisés. C’est donc la convivialité qui prime sur le RAVeL, et pas la vitesse des cyclistes.

En milieu urbain par exemple, le RAVeL est parfois le théâtre de conflits entre usagers car tous ne se déplacent pas à la même vitesse.

Pour rappel, une véritable "voie express vélo" est une piste cyclable à deux bandes (de 2m chacune pour permettre les dépassements) ou une voirie qui permet de se déplacer rapidement sur un vélo. Elle accueille les vélos électriques, les vélos sportifs et les vélos classiques, mais pas les piétons.

Luc Goffinet

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