Forcer l'aménagement de pistes cyclables "de qualité" sur une partie importante des routes régionales wallonnes, c'est ce que prévoit un décret, initié par ECOLO et adopté à l'unanimité au Parlement wallon. Prévue depuis 2014 dans la Déclaration de politique régionale, cette obligation se matérialise enfin. Par ailleurs, un budget vélo de 50 millions € a aussi été annoncé par le ministre de la Mobilité. Dépensé à bon escient, il pourrait sortir le vélo de l'ornière actuelle en Wallonie.

N4 - Wavre - Nouvelle piste cyclable

Depuis des années, notre observatoire des routes régionales montre que les aménagements cyclables restent oubliés au moins une fois sur trois sur les chantiers en cours en Wallonie, et qu'ils sont souvent minimalistes. L'adoption ce lundi d'un décret plus volontariste est donc une excellente nouvelle.

Ce décret ne concerne pas toutes les routes régionales mais porte sur les axes recensés sur le Schéma Directeur Cyclable comme étant à "haut potentiel cyclable". Mis en application au 1er janvier 2020, il sera prochainement complété par une circulaire ministérielle fixant une obligation transitoire pour 2019, ainsi que ses modalités.

Pour le GRACQ, il est urgent que les "aménagements de qualité" prévus par le décret soient mis en place afin de garantir une sécurité réelle pour celles et ceux qui font le choix du vélo. C'est pourquoi le GRACQ demande, entre autres, une séparation nette du trafic sur des voiries à 70 ou 90 km/h. Jusqu'à présent, de nombreux cas de réfections de revêtement (comme sur la N7 entre Enghien et Silly) donnent lieu à des pistes cyclables simplement repeintes sur la chaussée, ce qui est clairement insuffisant.

Les moyens suivront-ils ?

Parallèlement à l'adoption du décret adopté au Parlement, le Ministre de la Mobilité a annoncé vouloir porter à un peu plus de 50 millions € le budget vélo annuel pour 2019 (comparé à 15 millions € pour 2018). Nécessaire à la réalisation d'aménagements de qualité, ce nouveau budget se décompose comme suit :

  • Voiries régionales
    • 15 millions € pour l'entretien et la rénovation des pistes cyclables existantes
    • 5 millions € pour la création de nouvelles pistes cyclables
    • 10 millions € pour le RAVeL (en plus des 8 millions € actuels) et "autoroutes vélo"
  • Voiries communales subsidiées
    • 6 millions € pour des aménagements cyclo-piétons (en plus des 7 millions € actuels)

S'ils peuvent sembler impressionnants, ces moyens prélevés dans le cadre du Plan Wallon d'Investisement 2019-2024 ne représentent en fait qu'un montant de 13 €/an/habitant, soit le minimum pour faire décoller une part modale du vélo en Wallonie. D'autant qu'un énorme rattrapage est nécessaire pour compenser ce qui n'a plus été construit ni entretenu depuis 50 ans. L'effort est salué, mais du chemin reste à faire. 

Autoroute vélo ≠ RAVeL

Afin d'offrir aux cyclistes des "voies express vélo" telles qu'elles existent en Flandre, aux Pays-bas ou au Danemark, le ministre de la Mobilité a annoncé vouloir transformer cinq RAVeLs en "autoroutes vélo". Si l'intention semble louable, le GRACQ rappelle que le RAVeL est un chemin réservé à tous les usagers non motorisés. C’est donc la convivialité qui prime sur le RAVeL, et pas la vitesse des cyclistes.

En milieu urbain par exemple, le RAVeL est parfois le théâtre de conflits entre usagers car tous ne se déplacent pas à la même vitesse.

Pour rappel, une véritable "voie express vélo" est une piste cyclable à deux bandes (de 2m chacune pour permettre les dépassements) ou une voirie qui permet de se déplacer rapidement sur un vélo. Elle accueille les vélos électriques, les vélos sportifs et les vélos classiques, mais pas les piétons.

Luc Goffinet

 

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