Les nouveaux engins de déplacements (trottinettes, monoroues, hoverboards) sont en plein essor dans nos villes. Mais à qui ces nouveaux arrivés prennent-ils des parts de marché ? Aux transports publics ? À la marche ? À la voiture ou... au vélo ?

Tout d'abord, aucune étude regroupant tous les engins de déplacement au complet (allant du segway au skateboard) n'est disponible à l'heure actuelle. Par contre, on commence à trouver des enquêtes de plus en plus nombreuses auprès des utilisateurs de trottinettes électriques. Comme ces usagers sont ceux qui se multiplient le plus rapidement dans nos villes, on dispose là d'études sur une composante importante et croissante de cette micromobilité.

Ainsi en 2018, la ville de Portland a questionné 4.500 utilisateurs de trottinettes en free floating sur le mode de déplacement qu'ils auraient utilisé si une trottinette n'avait pas été disponible. En 2019, le bureau d'étude français 6-t a posé la même question à 4.000 usagers de trottinettes Lime à Paris, Marseille et Lyon.

Voici, pour ces deux études, les déplacements "remplacés" par les trottinettes partagées :

Comparaison Micromobilité Paris/Portland

La première "victime" des trottinettes semble être la marche. En Europe, ce sont ensuite les transports publics qui subissent le contrecoup de la micromobilité. Mais, d'un autre côté, on relève que les trottinettes facilitent aussi l'intermodalité en raccourcissant les trajets multimodaux. Au final, la pratique de la marche et des transports publics chez les "micromobiles" ne reculerait que de 6% à Paris. Ce qui n'est pas dramatique en soi.

Aux États-Unis, c'est la voiture (personnelle à 19%, taxi/uber à 15%) qui semble perdre le plus de plumes face à la micromobilité. Sans doute à cause de l'absence de réseaux de transports publics étendus. En France urbaine, le recul de la voiture personnelle est faible (3% seulement, pour 6% de trajets en taxis/uber).

En ce qui concerne le monde du vélo, ce sont surtout les systèmes de vélos partagés en station (4% à Portland et 7% à Paris, sur un total de 9%) qui souffrent le plus. Beaucoup moins les vélos personnels (seulement 2 trajets sur 100 remplacés à Paris). A ramener toutefois aux parts modales vélo encore faibles en France (entre 1% et 4%).

Et en Belgique ?

Bruxelles Mobilité a sondé cet été plus de 1.800 utilisateurs de trottinettes électriques. Contrairement à Paris ou à Portland, on y incluait également des propriétaires de trottinettes privées. Les usagers pouvaient cependant mentionner plusieurs modes de déplacements "substitués", ce qui rend la comparaison des résultats hasardeuse.

On obtient ainsi une substitution de 78% des usagers à (au moins) un trajet en transports publics, 44% à un trajet à pied, 44% à un trajet en voiture (personnelle à 26%), 31% à un trajet à vélo (personnel à 20%). Avec un taux plus élevé de substitution à la voiture (53%) pour ceux qui possèdent leur propre trottinette.

En conclusion

Même si à Paris, l'utilisation des trottinettes partagées égale celle du vélo en libre-service (Vélib'), le vélo personnel ne souffre pas trop de la compétition. À Bruxelles, Billy Bike déclare que les trottinettes partagées contribuent plutôt à l'engouement pour ses vélos électriques partagés (sans stations). Les vélos partagés en station ont, par contre, du souci à se faire.

On peut aussi déplorer qu'en Europe, la voiture ne recule pas (encore) beaucoup sous les assauts de la micromobilité...

Luc Goffinet

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