La flambée des prix de l'énergie secoue le paysage politique belge qui cherche à trouver des réponses structurelles. Si le gouvernement vient de prendre des décisions pour lutter contre cette hausse persistante, le système des voitures salaires, coûteux et socialement injuste, n'est, quant à lui, toujours pas remis en question.

pompe essence - CCprecious-madubuike

L'énergie coûte cher. De plus en plus cher. Dans le contexte actuel, le gouvernement belge a décidé de dégager une enveloppe de 2,4 milliards d'euros pour diminuer les factures énergétiques des citoyens. Concernant la Mobilité, ces mesures se concrétisent par "une réduction des accises spéciales sur l'essence et le diesel. Le coût de cette mesure est de deux millions par jour pour le diesel, et de 1,26 million d'euros par jour pour l'essence"1. Ces prochains mois, chaque jour, plus de trois millions d'euros seront perdus par l'État. De quoi faire réfléchir.

S'il comprend bien l'importance de mesures visant à rendre l'énergie moins chère pour de nombreux citoyens, le GRACQ s'interroge toutefois sur l'absence de mesures plus globale et plus ambitieuses visant à offrir aux Belges des alternatives à la voiture. Aucune mesure prise par le gouvernement n'indique une volonté de revoir notre manière de consommer la mobilité. Le GRACQ s'étonne par exemple que, dans la situation actuelle, le système des voitures salaires ne soit pas abordé ; système pourtant très coûteux pour l'ensemble de la société, très inégalitaire, et en inadéquation totale avec les ambitions climatiques que le pays prétend viser. 

Voitures salaires : un système qui cloche

Il convient avant toute chose de distinguer la voiture de société, véhicule d'une entreprise destiné uniquement à un usage professionnel (la camionnette du plombier par exemple) et la voiture salaire, destinée aux employés dans le cadre de leurs déplacements professionnels et privés (vacances, loisirs ...). Une fois cette distinction faite, la réflexion peut commencer.

Le nombre de voitures salaires pour les employés ne cesse d'augmenter (une évolution constante d'environ 5 % par an, selon les chiffres de l'ONSS). En 2019, on estimait leur nombre à 500.000. Un chiffre qui ne comptabilise pas les chefs d'entreprise belges, dont 2/3 disposeraient d'une voiture de direction, soit 200.000 véhicules de plus selon une étude menée en 2015 par Xavier May, chercheur de l'ULB. Cette étude prend en compte diverses variables (modèle de voiture, nombre de kilomètres parcourus, consommation, etc) pour estimer un coût fiscal global de 2,175 milliards  d'euros pour 2015 (notons qu'à cette époque, l'estimation se fait sur la base d'un prix du diesel de 1,1 euros/litre !). D'autres études arrivent quant à elles à une estimation beaucoup plus élevée (3,5 milliards par an pour 2011, selon Inter-Environnement Wallonie) 2. L'augmentation du prix du carburant que nous connaissons depuis n'est sûrement pas faite pour revoir ces estimations à la baisse. 

Embouteillages Bruxelles

Le système des voitures salaires est socialement injuste car il profite au 9e décile des revenus (aux 10% des salariés les mieux payés en Belgique) et majoritairement aux hommes. En outre, il dope littéralement l’utilisation de la voiture : une voiture privée roule en moyenne 14.000 km/an, contre 28.000 km/an pour une voiture salaire. Le coût environnemental n'est pas non plus anodin, puisque ces voitures salaires émettent en moyenne plus de CO23.

Diminuer les dépenses de l'État (tout en favorisant la transition énergétique) 

Depuis longtemps, le GRACQ et le Fietsersbond réclament une remise en question de ce système coûteux pour la collectivité. Des alternatives fiscales réalistes peuvent être mises en place pour rendre la mobilité plus juste, plus solidaire et plus efficace en termes d'enjeux climatiques et d'indépendance énergétique.

Interrogés sur cette question par le GRACQ lors des précédentes élections, quatre partis francophones sur six s'étaient prononcés pour la fin du système actuel des voitures salaires 4. Du côté du MR et du cdH (maintenant "Les Engagés"), on disait vouloir conserver des voitures "basses émissions" dans le cadre de l'avantage fiscal actuel. Pour les autres partis, une sortie à terme du système de subsidiation des voitures était envisagée.

Dans la situation actuelle (flambée des prix de l'énergie et efforts à consentir pour parvenir à une plus grande autonomie énergétique), il est important de remettre en question ce système qui pèse financièrement sur la collectivité. Le GRACQ rappelle d'ailleurs que les embouteillages et les effets de la pollution sur notre santé représentent également un coût non négligeable, et que les infrastructures cyclables de qualité sont moins onéreuses que des infrastructures (auto)routières.

Gaël De Meyere

1www.premier.be
2 Source : retrouvez l'article complet sur le coût des voitures salaires sur rtbf.be
3 156 g contre 146 g en 2014, selon l'OCDE, Xavier May et le bureau du plan
4 Priorités 2019-2024 : les réponses des partis

 

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