Un vélo en bambou pour contribuer au développement des zones rurales d’Afrique : cela pourrait passer pour une idée farfelue si elle n’avait été lancée par le très sérieux Earth Institute de l’Université de Columbia. En association avec un célèbre designer américain, l’institut a monté le Bamboo Bike Project, un projet qui semble tenir la route.

Un vélo en bambou, voilà qui peut surprendre… Pourtant, l’Américain Craig Calfee prédit un avenir brillant à ce matériau insolite. Et ce designer de vélos sait de quoi il parle, lui qui a été un pionnier dans la fabrication de cadres en fibres de carbone. Le bambou développe naturellement des qualités idéales pour cet usage : il est léger, plus résistant que l’acier et absorbe mieux les chocs ; il offre ainsi une combinaison rigidité/confort optimale. Depuis plusieurs années déjà, Craig Calfee commercialise ses modèles en bambou : malgré leur prix pour le moins élevé (2500 €/pièce minimum), ils se taillent leur petit succès.

Le vélo en bambou se réduirait-il donc à opération commerciale juteuse ? Pas seulement ! Bamboo Bike Project étudie la possibilité de développer une industrie durable de vélos en bambou dans les zones rurales d’Afrique. Le vélo y est en effet un moyen de déplacement et de transport répandu, bien que les modèles souvent hérités de la période coloniale soient très peu adaptés aux rudes conditions locales. Ce projet ambitionne de contribuer au développement des zones rurales en répondant aux besoins locaux en mobilité, en créant de l’emploi, en formant de la main d’œuvre qualifiée ainsi qu’en développant le commerce à partir des ressources locales.

Outre ses nombreuses qualités, le bambou a l’énorme avantage d’être une ressource disponible sur le continent africain, et renouvelable de surcroît : il réclame peu d’engrais, s’accommode des climats tropicaux comme des climats tempérés et pousse à une vitesse étonnante (jusqu’à un mètre par jour pour certaines espèces). Il produit davantage d’oxygène qu’un feuillu (jusqu’à 35% supplémentaires), limite l’érosion des sols, restaure les sols appauvris et en élimine certaines toxines.

Pour conduire leurs premiers essais , Craig Calfee et les chercheurs de l’Earth Institute se sont rendus au Ghana. Ils ont pu démontrer qu’une infrastructure minimale était suffisante pour débuter. Pas même besoin d’électricité : un cadre peut être façonné à partir d’un simple couteau suisse ! Il est donc matériellement possible de constituer rapidement une flotte de vélos en bambou solides et bons marché, qui puisse être testée par la population locale. On imagine la croissance que pourrait connaître de fil en aiguille une telle industrie…

En attendant son essor sur le continent africain, le vélo en bambou commence à faire parler de lui en Europe. Qui sait, peut-être le bambou est-il l’avenir du vélo ?

Florine Cuignet

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